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Francine Saillant

Lauréate de la Médaille d’or 2020

Francine Saillant

Professeure émérite
Département d’anthropologie
Université Laval


« Je ne m’attendais pas du tout à recevoir la Médaille d'or, et j’ai été très touchée qu'elle me soit décernée », avoue Francine Saillant. Ce qui est extraordinaire, c’est que Margaret Lock, mon ancienne directrice de thèse qui est aujourd’hui professeure émérite à l’Université McGill, s’est elle-même vue décerner la Médaille d’or en 2007. Le fait que deux Québécoises de générations différentes, mais d’une même discipline, obtiennent toutes les deux cette reconnaissance est rarissime ».

Selon Mme Saillant, professeure émérite au Département d’anthropologie de l’Université Laval, la Médaille d’or reconnaît l’importance des sciences sociales. Elle est également le moyen de célébrer sa carrière, qui est longue de trente ans et marquée par un engagement continu envers la justice sociale – fil conducteur de tous ses projets de recherche et de toutes ses réalisations – et le désir de faire avancer la recherche dans ce domaine. La reconnaissance des groupes minorisés est l’un des sujets qui lui tient à cœur. Spécialiste en anthropologie médicale et en droits de la personne, Mme Saillant était déjà reconnue pour ses réalisations en recherche il y a plus de 40 ans. En effet, elle a reçu en 1978 la Bourse de la Reine du CRSH, une bourse décernée au meilleur étudiant ou à la meilleure étudiante de maîtrise du Canada.

Issue d’un milieu modeste, elle a été éveillée très tôt aux injustices et aux différences de classes. Pour payer ses études d’anthropologie, elle a travaillé comme infirmière en psychiatrie. « Pendant plusieurs années, j’ai côtoyé la folie, explique-t-elle. J’ai été témoin du sort des personnes qui souffrent de problèmes de santé mentale. Avec le temps, j’ai pris conscience de la vulnérabilité et de la fragilité humaine ».

Après l’obtention de son diplôme de doctorat en anthropologie médicale de l’Université McGill, en 1987, Mme Saillant a été l’une des premières à s’intéresser aux pratiques familiales des soins. Ses recherches l’ont mené à considérer les soins comme un lien social et une responsabilité collective à une époque où l’on parlait encore très peu des aidants naturels et de la valeur de leur travail. « J’ai été fascinée par la façon dont les soignants, les infirmières, les médecins et les proches aidants sont dévoués envers autrui, explique-t-elle. Je me suis posée la question suivante : qui sont-ils pour se préoccuper à ce point de personnes vulnérables et fragilisées et leur donner toujours davantage? Mon objectif était de définir l’action de soigner d’un point de vue social. Je crois avoir ainsi contribué à faire reconnaître la notion de proche aidant et comprendre la complexité de ce rôle ».

Francine Saillant a continué à se pencher sur les questions de justice sociale en menant des travaux au Brésil, un pays où les groupes autochtones et afro-descendants sont victimes de discrimination et d’esclavage depuis 400 ans. C’est dans ce pays qu’elle s’est mise à s’intéresser davantage aux droits de la personne, à l’ordre humanitaire international, aux crimes contre l’humanité et aux partisans qui défendent ces grandes causes et ont un impact important sur la société. Ses travaux de recherche sur la réparation des torts causés aux descendants d’esclaves afro-brésiliens ont d'ailleurs fait l’objet de son ouvrage phare intitulé Le mouvement noir au Brésil (2000-2010). Réparations, droits et citoyenneté, le premier examen en français du mouvement noir au Brésil.

Tournant son regard sur l'égalité et les droits de la personne dans son pays natal, Mme Saillant a mis sur pied et dirigé InterReconnaissance. Ce projet de recherche d’envergure – qui a mené à une publication sur la mémoire citoyenne – a servi à retracer les parcours de groupes communautaires du Québec qui ont lutté pour l'égalité des droits.

Bien qu’elle ait arrêtée d’enseigné en 2015, elle s’intéresse toujours à l’enseignement et aime participer à des projets novateurs et à des initiatives de recherche créatives. Cet enthousiasme inlassable l'a amenée à collaborer avec un collègue de l'Université de Lausanne afin de lancer Anthropen, un dictionnaire encyclopédique d’anthropologie en ligne qui rassemble les connaissances issues de ce domaine et les partage à grande échelle. Il permet également de donner une plus grande visibilité à la recherche en anthropologie menée en français.

En plus de ses réalisations considérables en recherche et de son intérêt pour la défense des droits de la personne, Mme Saillant est une écrivaine et une cinéaste reconnue. Récemment, elle est revenue à la poésie, qu’elle avait abandonnée à regret après ses études. En effet, pendant les années 1970 et 1980, elle s’était taillée une place au sein du milieu littéraire et ses poèmes figuraient en 2003 dans la toute première Anthologie de la poésie des femmes au Québec. Elle avait également été nommée pour l’obtention du prestigieux Prix Émile‑Nelligan. Aujourd’hui, elle pratique le dessin, la peinture et l’installation artistique, trois formes de communication qui sont très près de l’anthropologie et qui lui permettent d’utiliser d’autres moyens que les mots pour s’exprimer. Depuis son séjour au Brésil, la création vidéo fait également partie intégrante de sa démarche artistique. D’ailleurs, elle vient de terminer le tournage de Apparaître, un documentaire qui porte sur les bienfaits de l’art pour les personnes qui souffrent de problèmes de santé mentale. Ce documentaire sortira cette année.

La retraite? Ce n’est rien d’autre qu’un changement de titre, selon Mme Saillant. Une véritable retraite n'est tout simplement pas envisageable. « Dans un domaine comme le mien, le travail ne s'arrête pas tant qu'il est encore possible de faire des progrès d'une manière significative pour autrui. Je suis très heureuse de participer à la vie citoyenne, sociale, scientifique et artistique », conclut-elle.


Au sujet des prix Impacts

Décernés chaque année, les prix Impacts visent à souligner les meilleures réalisations ayant émané d’activités de recherche et de mobilisation des connaissances que le CRSH a financées, ainsi que les meilleures réalisations ayant découlé de l’attribution d’une bourse du CRSH.

La Médaille d’or représente la plus haute distinction que le CRSH puisse décerner. Cette médaille est remise à une personne dont le leadership, le dévouement et l’originalité de la pensée inspirent aussi bien les étudiants que ses collègues.

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