Les soins intergénérationnels et transnationaux dans les familles philippines

Comment la pandémie a remodelé l’expérience des Canadiennes ou Canadiens d’origine philippine

Date de publication : 2022-01-13 12:00:00

Photo : Ilyan Ferrer

Fils de parents philippins, Ilyan Ferrer a vécu une enfance typique des familles des communautés d’immigrants racialisées : ses grands-parents l’ont souvent gardé pendant que ses parents travaillaient à assurer une meilleure vie à la famille. Aujourd’hui professeur adjoint à l’École de travail social de la Carleton University, M. Ferrer s’est penché sur cette dynamique, en examinant la façon dont le réseau complexe de soins intergénérationnels et transnationaux façonne l’identité des Philippines ou Philippins âgés et de leurs familles qui vivent au Canada et aux Philippines, et qui se promènent entre ces deux pays.

« La recherche existante ne reflétait pas beaucoup ma propre expérience. Cela m’a poussé à étudier en gérontologie. Je voulais honorer et partager des histoires comme celles vécues par ma famille à une plus grande échelle pour combattre certains mythes véhiculés sur le vieillissement dans les communautés d’immigrants. »

Dissiper les mythes sur les immigrants âgés

Quatre générations de la famille d’Ilyan Ferrer – sa grand-mère, sa mère, sa compagne et sa fille – témoignent de la prise en charge intergénérationnelle qui fait partie de tant de foyers philippins.

Grâce à une subvention de développement Savoir du CRSH, M. Ferrer et ses cochercheures, Conely De Leon, Robyn Rodriguez et Valerie Francisco-Menchavez, se pencheront sur les expériences des immigrantes ou immigrants philippins âgés, qui sont souvent écartés du récit de l’immigration. Les Canadiennes et Canadiens d’origine philippine constituent le quatrième groupe racial le plus important au Canada, mais la communauté ne compte que trois ou quatre générations. Alors que la communauté continue de croître et de s’enraciner, il est important de préserver les histoires uniques et les traditions culturelles de ses membres.

Les immigrantes et immigrants plus âgés y jouent un rôle important; M. Ferrer les qualifiant de « gardiennes ou gardiens culturels » de leur communauté. Elles et ils sont cependant trop souvent considérés des gardiennes ou gardiens des petits-enfants.

Il veut aussi dissiper l’idée que les immigrantes et immigrants et les migrantes et migrants qui ne sont plus en âge de travailler constituent un fardeau financier pour le Canada à leur arrivée. En fait, les politiques de visa et d’immigration exigent souvent qu’elles et ils soient financièrement dépendants de leur famille. Par exemple, dans le cadre du programme de parrainage des parents et des grands-parents, elles ou ils n’ont pas droit à une pension ou à d’autres aides pendant 20 ans – et dans le cas du programme Supervisa, les migrantes et migrants âgés sont toujours entièrement dépendants de leurs parrains.

« Je veux bousculer la conception du vieillissement comme étant une expérience individuelle. Il s’agit d’une expérience intergénérationnelle à laquelle peut participer toute la communauté.

Perturbations causées par la pandémie mondiale

Évocation créative de cinq femmes soignantes par Avelino Ferrer, le père du chercheur, représentant les soins qu’il recevait aux Philippines de la part des membres plus âgés de sa famille.

À l’origine, l’équipe avait prévu de rencontrer au moins 50 Philippines et Philippins âgés et leurs familles à Calgary et à Toronto, puis de se rendre à Manille pour parler aux Canadiennes et Canadiens d’origine philippine qui partagent leur temps entre les deux pays – afin d’en savoir plus sur leurs arrangements et leurs relations en matière de soins physiques, émotionnels et financiers. Lorsque la pandémie de COVID-19 a frappé, ces plans ont dû être freinés.

Mais l’équipe s’est rapidement rendu compte que la pandémie offrait également de toutes nouvelles perspectives à explorer. Elle leur permettrait notamment d’étudier la façon dont les restrictions en matière de rassemblement et de déplacement ont modifié les relations de soins au sein de ces familles, en particulier celles qui sont transnationales. L’équipe prévoit également d’accorder la priorité aux récits intergénérationnels et aux leçons tirées du vieillissement et des soins.

L’équipe réévalue l’orientation, la méthodologie et même les résultats possibles du projet. L’un des domaines qui pourrait faire l’objet d’une attention accrue est la manière dont l’isolement, la distance physique et l’inégalité face aux vaccins remodèlent les réalités et la dynamique des familles immigrées.

« La pandémie a alourdi le fardeau des membres de la communauté philippine, en particulier de celles et ceux qui ont des responsabilités tant au pays qu’à l’étranger. Les envois de fonds des membres de la famille vivant à l’étranger représentent une part importante du produit intérieur brut des Philippines », rappelle-t-il.

M. Ferrer espère que cette recherche permettra de mieux faire connaître certains des problèmes auxquels sont confrontés les Philippines et Philippins âgés au Canada, dans le contexte de la pandémie et au-delà. Il aimerait aussi que cette recherche entraîne des changements aux politiques d’immigration et de soins, comme la réduction des exigences de dépendance financière des programmes de parrainage d’immigration, ce qui aiderait les familles philippino-canadiennes à bâtir des communautés qui préservent leurs contributions et leurs héritages sociaux, politiques et culturels, tant au Canada qu’à l’étranger.