De meilleures données pour améliorer la santé des Noirs

Mieux comprendre les facteurs qui influent sur la santé des Noirs

Date de publication : 2020-11-23 14:00:00

Des études indiquent que, de façon systématique, face à la maladie, les personnes des collectivités noires ont de moins bons pronostics que les autres en raison du racisme et des inégalités d’ordre structurel qui y sont associées. Falan Bennett, étudiante à la maîtrise à la Dalla Lana School of Public Health de l’University of Toronto, examine la question en lien avec deux crises sanitaires : la COVID-19 et la morbidité et mortalité maternelles.

Selon elle, nous devons modifier notre conception de la race et reconnaître qu’il s’agit d’un facteur social et non biologique : être Noir n’est pas une pathologie, ce sont le racisme et le colonialisme qui sont à l’origine des troubles de santé. 

Lacunes à combler dans les données fondées sur la race

Les travaux de Falan Bennett, financés par une bourse d’études supérieures du Canada attribuée par le CRSH, visent à combler des lacunes dans les recherches canadiennes : le manque de données fondées sur la race qui permettraient de mieux comprendre la santé des Canadiens noirs.

Aux États-Unis, des recherches ont indiqué que les taux de morbidité et mortalité maternelles sont beaucoup plus élevés chez les femmes noires que chez les femmes des autres groupes. Bien que des indices empiriques laissent entrevoir une réalité semblable au Canada, il n’y a pas suffisamment de données pour le prouver, en partie parce que la plupart des enquêtes et des mécanismes de collecte de données canadiens ne tiennent pas compte de la race.

Pour la première phase de son projet, Falan Bennett analyse les données américaines provenant de diverses études et de sources publiques (comme les données des recensements et des dossiers gouvernementaux) au niveau des comtés pour obtenir des données de référence à des fins de comparaison avec les données des États et du pays. Elle examinera ensuite des données canadiennes, notamment celles de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, afin d’isoler le plus de données possible sur la race.

Quand elle publiera ses résultats, elle compte aborder la collecte de données fondées sur la race. Elle estime qu’il est très important d’en parler car, même au sein des collectivités noires, les opinions divergent sur les données à recueillir et les fins auxquelles elles doivent servir. Peu importe les décisions qui seront prises, croit-elle, elles devront l’être par les collectivités.

La COVID-19 frappe plus durement les personnes noires

Falan Bennett participe également à un projet de recherche transnational sur les disparités de pronostic pour les personnes noires partout dans le monde en ce qui concerne la COVID-19. À titre d’adjointe à la recherche, elle examine à la fois les écrits ayant fait l’objet d’évaluations par des pairs et des sources de données moins officielles, comme des articles de journaux et de magazines, des webinaires et des activités communautaires, pour réunir de l’information sur la façon dont les collectivités noires sont touchées par la pandémie et y réagissent. Ces éléments ne figurent habituellement pas dans les analyses documentaires, mais le caractère inédit de cette maladie fait en sorte qu’il y a très peu d’articles dûment évalués par des pairs qui portent sur les Noirs et la COVID-19.

L’analyse se poursuit, mais elle a déjà permis de cerner un certain nombre de thèmes récurrents, dont le racisme, le colonialisme et les questions ayant trait à l’emploi et au logement.

Selon la chercheure, on commence à observer plusieurs facteurs structurels évidents qui expliquent pourquoi les Noirs sont plus durement touchés par la COVID-19 : lorsqu’on regarde qui ne peut pas travailler de la maison et qui vit dans des logements surpeuplés et multigénérationnels, on commence vraiment à voir une tendance.

De meilleures politiques pour une meilleure santé

Falan Bennett espère que les responsables des politiques de soins et de santé publique donneront suite à ses recherches et aborderont les questions importantes que sont la stigmatisation, le paternalisme, la misogynoir (la misogynie envers les femmes noires) et d’autres éléments du racisme qui mènent à de moins bons pronostics, qu’il s’agisse de pandémie mondiale ou d’accouchement. De nouvelles politiques pourraient, par exemple, améliorer l’accès aux types de services d’accouchement que recherchent les collectivités noires, notamment les doulas (accompagnants et accompagnantes) et les sages-femmes, et que l’État ne finance pas actuellement. En rendant ces services plus largement accessibles et plus abordables, on pourrait atténuer certains des risques qui se posent pour la santé des femmes noires.

L’expérience de la maternité façonne la relation entre la mère et l’enfant pour le reste de leur vie, affirme Falan Bennett, et lorsque le racisme se manifeste dès ce stade, il a des conséquences graves et durables.

On trouvera plus de précisions sur la démarche de Falan Bennett dans le site Web de l’University of Toronto (en anglais).