L’artiste et son œuvre

Perspectives autochtones sur la vie et l’œuvre de Norval Morrisseau

Date de publication : 2020-08-11 14:00:00

Norval Morrisseau, Androgynie (Androgyny), 1983, acrylique sur toile, 366 x 610 cm. Collection d’art autochtone, Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada. Don de l’artiste au peuple canadien.

Épaisses lignes noires et couleurs saturées permettent de reconnaître les œuvres de Norval Morrisseau au premier coup d’œil. De nombreux Canadiens connaissent ce nom, mais on sait peu de choses sur l’artiste lui-même et son œuvre a généralement été analysée du point de vue de l’histoire de l’art et de l’esthétique artistique blanche eurocentrique. Carmen Robertson, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la culture visuelle et matérielle des peuples autochtones de l’Amérique du Nord à la Carleton University et membre du conseil d’administration du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH), s’est donné pour mission de faire redécouvrir Morrisseau selon une perspective autochtone.

Grand-père de l’art autochtone contemporain

Membre de la Première Nation Bingwi Neyaashi Anishinaabek, Morrisseau a créé un langage visuel unique qui a servi de fondement au mouvement artistique appelé l’école Woodland. Ses œuvres ont gagné en notoriété tout au long des années 1960, au Canada et à l’étranger. Il a acquis une telle influence qu’il a souvent été surnommé le Mishomis (ou « grand-père ») de l’art autochtone contemporain.

« Il existe peu d’études universitaires sur Morrisseau, malgré l’influence et la portée de son œuvre », explique Carmen Robertson. « Et aucune n’a vraiment tenté de le comprendre ou de comprendre son travail selon une approche autochtone du savoir. »

Madame Robertson, d’origine écossaise et lakota, a obtenu une subvention Savoir du CRSH pour étudier Norval Morrisseau dans le cadre plus large de ses travaux sur la théorie de l’art autochtone à titre de titulaire d’une chaire de recherche du Canada. En examinant de plus près l’œuvre de Morrisseau, Carmen Robertson, sa collègue Ruth Phillips et leur importante équipe de collaborateurs espèrent mieux comprendre les idées et les concepts abstraits inhérents aux récits visuels autochtones. Les chercheurs visent également à définir le contexte personnel et culturel dans lequel s’inscrit l’œuvre de Morrisseau et à le situer dans le canon de l’art canadien, au côté d’artistes ayant fait l’objet d’études plus nombreuses.

Des trésors cachés au milieu de collections privées

Pour ce faire, l’équipe de Mme Robertson collabore avec des chercheurs autochtones, des conservateurs autochtones et non autochtones et des institutions comme le Musée des beaux-arts du Canada et la Norval Morrisseau Heritage Society, dans le but de constituer une base de données sur les œuvres de Morrisseau, dans un premier temps. L’équipe se concentrera sur la période allant de 1955 à 1985, celle où l’artiste a été le plus prolifique.

Selon Mme Robertson, cette tâche comporte son lot de difficultés, car plusieurs des œuvres de Morrisseau font partie de collections privées et parce que de nombreux faux seraient en circulation. Mais ce travail est également gratifiant, puisque plusieurs des collections recèlent des lettres inédites entre des marchands d’œuvres d’art et Morrisseau.

« Ces lettres offrent un rare aperçu de ses propos et de ses réflexions sur son art », affirme Mme Robertson. « Il est fascinant de constater qu’il a défendu ses idées et tenté d’orienter lui-même sa carrière au lieu de suivre la voie que d’autres avaient tracée pour lui. »

L’accès à des collections privées a également permis à Carmen Robertson et à son équipe d’examiner certaines œuvres moins connues de Morrisseau, dont des œuvres érotiques ou explorant son identité bispirituelle. La diversité de ces œuvres donne une idée plus complète de la manière dont l’artiste se représentait et représentait sa culture.

Dans le cadre de ses travaux de recherche, Carmen Robertson rencontrera des gardiens du savoir communautaire et des personnes qui ont connu Morrisseau et travaillé avec lui. Ses travaux mèneront ultimement à la rédaction d’un livre et à la présentation d’une exposition qui dévoileront des facettes de l’artiste que peu de gens connaissent. Mme Robertson espère rendre les œuvres de Morrisseau plus accessibles et redéfinir la manière dont les Canadiens – et le monde de l’art en général – perçoivent cet artiste et l’art autochtone.

« Tout comme le travail de Morrisseau a inspiré d’autres artistes, j’espère que mon travail inspirera d’autres chercheurs », de dire Mme Robertson. « Je souhaite qu’il serve de point de départ à l’exploration de nouvelles avenues dans le domaine de l’histoire et de la théorie de l’art autochtone. »

D’ici à la publication du nouveau livre de Carmen Robertson, vous pouvez prendre connaissance de ses travaux de recherche sur Norval Morrisseau et l’art autochtone en consultant le site Web de la Carleton University et les autres ouvrages de Mme Robertson, notamment Mythologizing Norval Morrisseau: Art and the Colonial Narrative in the Canadian Media.