Lorsque l’embauche a des répercussions involontaires

Aider les entreprises à comprendre et à repenser leur processus d’embauche

Date de publication : 2020-07-31 17:00:00

Le but d’une embauche est de pourvoir un poste vacant. Mais cette embauche comporte-t-elle des répercussions involontaires? Les recherches de Lisa Cohen le confirment. Une embauche peut amener la redéfinition des rôles et des relations jusqu’à la modification de la dynamique organisationnelle. Mme Cohen et son équipe ont cerné de nombreuses approches qui font qu’une embauche peut avoir des répercussions involontaires. Elle et son équipe espèrent que les conclusions de leurs recherches aideront les entreprises canadiennes à éviter les pièges inutiles, en particulier sur le marché du travail post-COVID‑19.

Que se passe-t-il lorsque les entreprises embauchent?

Professeure agrégée à la Faculté de gestion Desautels de l’Université McGill, Mme Cohen se spécialise dans le comportement organisationnel, plus particulièrement dans la dynamique du travail. Son expérience personnelle a fait naître son intérêt pour les répercussions involontaires d’une embauche.

« J’ai participé à de nombreux processus d’embauche, déclare Mme Cohen. J’ai toujours senti qu’il y avait plus qu’une simple opération de ressources humaines : il y avait l’établissement de relations et de réseaux et l’exposition à la façon dont différentes personnes organisent les choses. Je m’intéressais aussi aux écosystèmes ainsi créés. »

Grâce à une subvention Savoir du CRSH, Mme Cohen a mené plus de 200 entrevues avec des fondateurs d’entreprises, des cadres, des gestionnaires d’embauche, des candidats retenus et des personnes en recherche d’emploi. La moitié de ses entretiens ont été réalisés sur trois ans dans une entreprise britannique en démarrage dans le domaine de la technologie financière dont le PDG était un de ses anciens élèves. En ciblant aussi étroitement une seule entreprise, elle a pu acquérir une perspective unique à long terme sur les répercussions possibles d’une embauche dans une organisation au fil du temps.

Les causes des répercussions involontaires

Selon Mme Cohen, le changement de la structure d’un emploi au cours du processus d’embauche est l’une des plus grandes répercussions involontaires de ce processus. Cela peut se produire lorsqu’une entreprise affiche un poste à pourvoir et découvre, en évaluant les candidats, qu’elle a en fait besoin d’un ensemble de compétences différent, ou que le rôle doit être entièrement différent.

« Une entreprise a affiché une annonce pour pourvoir un poste d’assistant personnel, mais elle s’est rendu compte, en commençant à évaluer les candidats, que ce qu’elle voulait vraiment, c’était un chef de bureau, dit-elle. Habituellement, dans ce genre de cas, la situation se stabilise une fois le bon rôle déterminé. »

Il se peut aussi qu’une entreprise sache qu’elle a besoin de quelqu’un, mais que le poste à pourvoir ne soit pas parfaitement défini. Selon Mme Cohen, cela entraîne d’autres répercussions involontaires, car le rôle continue d’évoluer même après l’embauche du candidat retenu.

Une troisième cause de répercussions involontaires est ce que Mme Cohen appelle les « facteurs exogènes » – des forces externes qui modifient le processus ou ses résultats.

« La COVID‑19 est un facteur exogène, explique-t-elle. Cette maladie a modifié la façon dont les entreprises embauchent et a créé des besoins inattendus en matière de ressources humaines, comme le recrutement de personnes qui travaillent bien à distance. »

Madame Cohen a appris très tôt, pendant le confinement lié à la COVID‑19, qu’elle avait obtenu une deuxième subvention Savoir du CRSH. La pandémie l’a amenée à réfléchir sur le sujet de ce projet – de la migration de tâches particulières vers d’autres emplois ou groupes au fil du temps (p. ex. la saisie des données qui passe de la responsabilité des analystes à celle des stagiaires, puis à celle d’un entrepreneur sous-traitant) à la manière dont la COVID‑19 joue sur l’embauche et les autres processus d’emploi dans les entreprises en démarrage.

Attentes en évolution en matière de processus d’embauche

En plus d’aider les entreprises à se protéger des erreurs, Mme Cohen espère que ses recherches permettront de normaliser l’expérience réelle de l’embauche.

« Les entreprises doivent savoir qu’il est correct d’aller sur le marché lorsqu’elles ne savent pas exactement ce qu’elles veulent, dit-elle. Une grande partie de l’embauche consiste à concevoir un emploi. Et il y a vraiment des possibilités de créer un riche écosystème pour l’entreprise en se servant du processus d’embauche si l’entreprise est ouverte et attentive. »

Lisez les articles de Lisa Cohen dans La Conversation ou consultez son profil dans le site Web de de l’Université McGill.