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Lauréate du prix Connexion 2020

Jackie Dawson

Chaire de recherche du Canada sur l’environnement, la société et les politiques, et professeure
Département de géographie
Université d'Ottawa


Jackie Dawson a fait sa première incursion dans l’univers de la recherche sur l’Arctique lorsque, jeune étudiante de 9e année fascinée par les exploits des explorateurs, elle s’est plongée dans la lecture des aventures du célèbre explorateur de l’Antarctique, sir Ernest Shackleton. À l’époque, elle était loin de se douter que son intérêt pour les régions polaires la mènerait un jour à effectuer sa propre expédition en Arctique et par la suite à devenir titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’environnement, la société et les politiques, codirectrice scientifique d’ArcticNet et membre du comité consultatif de la Médaille polaire du gouverneur général du Canada.

Ce n’est qu’une fois aux études supérieures et après avoir obtenu du financement pour aller étudier les ours polaires à Churchill, au Manitoba, qu’elle a entrevu la possibilité de consacrer sa carrière à la recherche sur l’Arctique. Ce premier voyage a éveillé sa passion pour ce champ d’investigation et a été un moment charnière dans ses études. Elle a alors découvert toute la beauté des gens, des animaux et des paysages, et toute la richesse de la culture autochtone. Cela lui a donné envie d’en savoir plus.

Son intérêt pour l’Arctique canadien est également né de plusieurs années de travail auprès des Autochtones et des jeunes à risque au sein de l’organisme Outward Bound. Ses études en Nouvelle-Zélande, au terme desquelles elle a obtenu une maîtrise en administration des affaires et tourisme, l’ont convaincue encore davantage de la valeur des connaissances autochtones traditionnelles, qu’elle avait découvertes au Canada. Son expérience de travail sur des bateaux de croisière a ravivé ses inquiétudes quant aux impacts des changements climatiques sur les régions polaires et à l’augmentation de la navigation, du commerce et du tourisme qui en résultent. (En raison de la fonte des glaces, le trafic maritime dans l’océan Arctique, au Canada, a triplé au cours des 20 dernières années.)

L’expérience acquise en dehors du cadre universitaire est particulièrement bénéfique pour la recherche, estime-t-elle : cela permet de l’humaniser et de mettre en évidence son importance, car vivre uniquement dans le monde universitaire, c’est passer à côté de quelque chose.

Ce sont ses nombreuses influences et expériences qui ont amené Jackie Dawson à étudier les répercussions humaines des changements climatiques sur les collectivités côtières touchées par l’évolution des conditions environnementales et sociales dans le monde. Après l’obtention de son doctorat en géographie de l’University of Waterloo, la chercheure a mis en œuvre son approche novatrice, collaborative et interdisciplinaire de l’étude de l’Arctique, qui tient compte des impacts des changements climatiques, de la vulnérabilité, de l’adaptation, du développement économique, de l’innovation, de la gouvernance et des politiques. Ses recherches se situent au croisement des aspects humains et politiques des changements climatiques, du développement des communautés autochtones et de la gouvernance des océans.

De plus en plus préoccupée par la disparition de la couverture de glace de l’océan Arctique et par la hausse de la navigation dans la région, elle a sollicité du financement auprès du CRSH pour en étudier les impacts sur les communautés du Nord, en premier lieu à Pond Inlet, au Nunavut. Cette étude a mené à d’autres dans la région, et son projet a finalement porté sur 14 communautés arctiques.

Jackie Dawson et son équipe ont élaboré des modèles de navigation novateurs et des techniques de cartographie numérique fusionnant les données sur des aires d’importance écologique avec celles ayant trait à des aires d’importance culturelle qui les recoupent : autrement dit, un mariage de la science occidentale et des connaissances locales et inuites.

L’objectif était de souligner l’importance de favoriser le développement durable dans l’Arctique canadien tout en protégeant les écosystèmes nordiques et en respectant les droits et les traditions des Autochtones du Nord.

Les membres de l’équipe ont tissé de nombreux liens un peu partout dans le Nord, grâce à des formations locales et des ateliers de cartographie participative. En étroite collaboration avec des organismes locaux, ils ont recruté 59 jeunes Inuits, âgés de 18 à 31 ans, à qui ils ont enseigné les méthodes de recherche et la cartographie participative. Ces chercheurs nouvellement formés ont été embauchés par l’équipe pour mener des ateliers de cartographie auprès des chasseurs, des aînés et des utilisateurs du milieu marin de leur communauté, afin de cerner les aires marines importantes et les impacts de l’augmentation de la navigation.

Jackie Dawson est persuadée que ce sont ces partenariats qui font ressortir la véritable valeur de la recherche. Ce travail en collaboration a permis de conjuguer ce qu’il y a de mieux au gouvernement, en sciences et en connaissances traditionnelles avec le dynamisme et l’enthousiasme de la jeunesse inuite. Cela n’a pas été l’œuvre d’un groupe d’universitaires aspirant à une publication prestigieuse. Les connaissances recueillies et publiées sous forme de cartes numériques peuvent être utilisées pour soutenir la gestion des aires protégées, promouvoir la durabilité écologique et culturelle, gérer le commerce maritime découlant des changements climatiques et positionner le Canada comme chef de file mondial en raison de ses approches proactives et novatrices en matière de gouvernance des océans. Ces connaissances pourront aider les décideurs à prendre les meilleures décisions possible pour la culture, l’environnement et l’économie.

Au-delà des partenariats communautaires, ces recherches produiront de nouvelles données et de nouveaux outils qui permettront de mieux comprendre les conséquences humaines et politiques des changements environnementaux dans l’Arctique canadien. Le souhait le plus cher de Jackie Dawson : que les décideurs et tous les Canadiens et Canadiennes accordent plus d’attention à ces questions urgentes, qu’ils comprennent que ce ne sont pas seulement les changements climatiques mais aussi les avancées technologiques et la dynamique du pouvoir dans le monde qui auront des impacts considérables sur l’environnement de l’Arctique au cours des prochaines années. Et les répercussions sociales qui s’ensuivront auront des conséquences majeures tant au Canada qu’ailleurs dans le monde.


Au sujet des prix Impacts

Décernés chaque année, les prix Impacts visent à souligner les meilleures réalisations ayant émané d’activités de recherche et de mobilisation des connaissances que le CRSH a financées, ainsi que les meilleures réalisations ayant découlé de l’attribution d’une bourse du CRSH.

Le prix Connexion souligne la réalisation d’une initiative remarquable financée par le CRSH qui vise à faciliter la transmission et l’échange de connaissances émanant de la recherche au sein ou à l’extérieur du milieu de la recherche en sciences humaines.

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