Exposition solo sur l’identité et l’appartenance : un cadeau extraordinaire pour les visiteurs

 

Date de publication : 2019-03-21 08:00:00

Artiste en arts visuels, Andil Gosine a conçu une exposition à facettes multiples et dénuée de sentimentalisme. Il revient sur son arrivée au Canada en tant qu’immigrant alors qu’il était adolescent et sur les premières fois où il a fait face au racisme. Il mêle avec doigté ce récit profondément personnel et des thèmes tels que la servitude aussi bien que l’espoir.

Professeur en études de l’environnement et artiste en arts visuels, Andil Gosine est le prototype de l’artiste innovateur et interdisciplinaire dont les œuvres fascinent. Complexes, érudites et fortement ancrées dans l’histoire, ses œuvres d’art sont également subjectives et puissantes sur le plan personnel.

Intitulée All the Flowers et qualifiée d’« autobiographie florale », son exposition solo à la galerie Robert McLaughlin, à Oshawa, en Ontario, s’est déroulée du 13 janvier au 18 mars 2018.

Dans cette exposition qui comprenait plus d’une douzaine d’œuvres multimédias, dont des vidéos, M. Gosine s’est penché sur son identité et son sentiment d’appartenance à un moment crucial de sa vie, et il a tiré parti de ses recherches sur les différentes façons dont le travail, la migration et le désir se recoupent. L’un des thèmes abordés, celui des « engagés », c’est-à-dire les personnes qui s’engageaient à travailler pendant une période donnée pour pouvoir aller dans une colonie, témoignait de l’histoire de sa famille.

« Je savais que je devais mettre en avant-plan les aspects personnels des thèmes de l’exposition. Je voulais que le public saisisse toute la complexité d’une personnalité, plutôt que d’être placé devant une version terne du “migrant” ou du “raciste” par exemple, d’expliquer M. Gosine. Nous ne sommes jamais détachés de notre histoire sociale, tout comme celle-ci ne peut jamais nous englober complètement. Comme c’est le cas dans tout ce que je fais, que ce soit l’enseignement, la rédaction ou la production culturelle, je voulais montrer la persistance de l’ambivalence et les tensions parfois contradictoires que nous vivons tous », ajoute-t-il.

Le Conseil des arts du Canada, le Conseil de recherches en sciences humaines, le Conseil des arts de l’Ontario et l’Université York ont financé la création des œuvres exposées.

Des œuvres à facettes multiples qui parlent de l’expérience de l’immigrant

M. Gosine, dont les travaux de recherche et de rédaction et les œuvres d’art tiennent compte des recoupements qui existent entre l’écologie, la migration, le désir et le pouvoir, a émigré de Trinité à Oshawa à l’âge de 14 ans.

Dans le cadre de cette exposition, il revient sur ses turbulentes années de formation en suivant un parcours chronologique. Il fait état de ses désirs et de ses vulnérabilités, intègre du matériel d’archives repensé et met en lumière les répercussions durables des luttes que sa famille et lui ont vécues.

L’ixora, dans laquelle il voit une offrande, symbolise ses expériences

Parmi les symboles importants qui reviennent sans cesse dans cette exposition, il y a l’ixora, une fleur originaire de l’Inde et d’ailleurs en Asie. Cette fleur a été apportée à Trinité par des ancêtres de M. Gosine, et elle s’y est répandue. C’est après l’abolition de l’esclavage, à compter du milieu du 19e siècle et jusqu’au début du 20e siècle, que ses ancêtres, des engagés, ont quitté l’Inde pour Trinité.

L’ixora symbolise le cadeau que M. Gosine offre à Oshawa, pour remercier les personnes, et souligner les expériences, qui ont fait de lui ce qu’il est.

« Il apporte ces belles petites fleurs avec lui dans ce voyage vers le passé et les transplante, comme il a été lui-même transplanté d’un pays à un autre, explique Lanie Treen, auteure du catalogue de l’exposition. Il se sert de la fleur pour réfléchir à ses expériences et y réagir. Ses souvenirs acquièrent ainsi une nouvelle signification, pour lui-même et pour le public. »

Il est intéressant de noter que la fleur symbolise différentes choses dans l’exposition, qu’elle est parfois hostile et parfois accueillante. Par exemple, l’œuvre intitulée Flowers for Oshawa est constituée de 13 fleurs faites de bois, de laine et de métal, placées un peu partout dans la pièce. Ces fleurs sont dédiées à des personnes que M. Gosine a connues dans sa jeunesse. Certaines de ces personnes étaient amicales, tandis que d’autres étaient racistes et destructrices. Les titres à eux seuls évoquent toute la douleur associée à ces jeunes années :

  • The Neighbors who called me Paki (les voisins qui me surnommaient Paki)
  • The Neighbors with the Confederate Flag (les voisins au drapeau de la Confédération)
  • Eva, who walked and talked (Eva qui marchait et parlait)
  • Lesley, who listened and laughed (Lesley qui écoutait et riait)
  • Leslie, who taught me how to write (Leslie qui m’a appris à écrire)
  • Sharon, the maybe not good (Sharon, celle qui n’est peut-être pas bonne)
  • Sharon, the good (Sharon la bonne)
  • Sue, just the best (Sue, tout simplement la meilleure)
  • Peter of the sweatpants (Peter au pantalon en molleton)
  • An uni(n)formed man (un homme en uniforme [pas informé])
  • You, who never noticed (toi qui n’as jamais remarqué)
  • You, who noticed too much (toi qui remarquais trop)

L’œuvre intitulée Apu, roi des fleurs illustre la lutte de l’artiste à la recherche de son identité. M. Gosine a décrit comment certaines attentes et idées reçues au sujet de la masculinité des personnes de peau foncée l’ont déchiré. Deux archétypes diamétralement opposés caractérisent ce malaise pour lui : le personnage d’Apu dans les Simpsons, à qui on manque de respect et dont on rit, et Gandhi, qu’il décrit comme un « saint homme sincère et travaillant avec acharnement, destiné à changer les choses dans le monde ».

Sans aucun doute l’œuvre la plus intéressante de l’exposition s’attaque à ce qui est le plus insaisissable dans une vie. Dans Tick Tock, M. Gosine analyse comment le temps peut modifier la perception, peut amplifier ou faire disparaître le pouvoir ou la magie d’une idée, d’une personne ou d’un lieu. Cette œuvre comprend trois photographies prises au même endroit, à des années d’intervalle. Elle montre comment la vénération qu’il entretenait pour les idéaux que représente l’horloge florale de Niagara Falls a peu à peu disparu au fil du temps. Ce qui symbolisait l’optimisme et les multiples possibilités lorsqu’il était enfant s’est tellement estompé que, dans le dernier cliché, le lieu semble ne plus avoir aucune importance.

L’exposition incite les visiteurs à revenir sur les expériences qui ont façonné leur vie

Quel est le meilleur aspect de cette exposition fascinante? La manière très riche dont la solitude, l’angoisse, l’ambivalence, l’isolement et l’injustice sont juxtaposés à un sentiment d’espoir et au désir de créer des liens et de partager des expériences, d’acquérir un sentiment d’appartenance à la collectivité, d’échanger et d’approfondir et, finalement, à la possibilité d’aller de l’avant.

Même si, à certains égards, M. Gosine se réapproprie des traumatismes vécus à l’adolescence, cette exposition n’est, et c’est surprenant, aucunement nostalgique. Elle laisse entrevoir qu’on peut revenir sur son histoire et la redécouvrir, ce qui ouvre la voie à la réconciliation.

L’exposition incite les visiteurs à revenir sur leur adolescence, leur histoire et leurs mythologies personnelles, ainsi que sur leurs paysages intérieurs, afin de repenser les rôles qu’ils ont joués dans la vie des autres et ceux que les autres ont joués dans leur vie. Elle les invite à évaluer dans quelle mesure ces expériences ont façonné leur vie.

Pour en savoir davantage, consulter le site Web de la galerie (en anglais) et le catalogue de l’exposition (également en anglais).


Cet article a été rédigé par Megan Mueller, gestionnaire principale de la communication de la recherche au Bureau du vice-recteur à la recherche et à l’innovation de l’Université York, et il a d’abord été publié (en anglais) sur le site Web de l’université le 11 janvier 2019.