La diaspora africaine au Canada

L’« après-esclavage » en Amérique du Nord

Date de publication : 2019-02-13 10:30:00

Si l’histoire de l’esclavage et de ses répercussions aux États-Unis est bien connue, le lien entre le Canada et l’esclavage est moins bien compris. À bien des égards, le Canada n’est guère plus qu’une terre promise quasi mythique, où les esclaves pouvaient aller pour trouver la liberté et vivre heureux jusqu’à la fin des temps.

Pour Wendell Nii Laryea Adjetey, toutefois, ce n’était pas aussi simple. Son expérience personnelle en tant qu’immigrant venu du Ghana lui a permis de constater que les relations interraciales au Canada sont tout aussi complexes, à leur façon, que celles que l’on observe aux États-Unis; c’est pourquoi il a voulu en savoir davantage.

« Je souhaitais ardemment comprendre comment le Canada avait acquis sa réputation de terre promise, d’endroit où toute personne pouvait se réaliser quelle que soit la classe sociale et le milieu d’où elle provenait, dit-il. Ce que j’ai découvert, c’est que les Africains esclaves et leurs descendants, les Africains de la diaspora, ont joué un rôle de premier plan en obligeant le Canada à respecter ses propres normes morales. »

Les diasporas africaines nord-américaines

La thèse de doctorat de Wendell Nii Laryea Adjetey intitulée From the North Star to the Black Star: African North Americans and the Search for a Land of Promise, 1919–1985, financée par le CRSH et présentée à la Yale University, lui a valu quatre prix et plusieurs bourses de recherche. Ses travaux sont les premiers à présenter une vision afro-nord-américaine du militantisme des Noirs au 20e siècle, portant autant sur la situation aux États-Unis que sur celle qui existe au Canada. En consultant des sources de première main, dont des articles publiés dans la presse écrite, des journaux personnels, des lettres et des documents gouvernementaux, M. Adjetey a vraiment cerné l’essence de la communauté transnationale qu’imaginaient les militants et leur façon de négocier la citoyenneté par-delà les frontières – et ce qu’ils ont sacrifié au profit des générations futures de Canadiens de race noire comme lui.

Il a découvert que, même si l’esclavage a été aboli il y a plus de 150 ans aux États-Unis et il y a près de 200 ans au Canada, ses séquelles perdurent. L’« après-esclavage » a façonné la manière dont les gouvernements ont régi l’immigration des ressortissants des pays à majorité noire et a influé sur les politiques publiques déterminant les endroits où les Noirs pouvaient vivre, travailler et étudier. Les effets de certaines de ces politiques se font encore sentir aujourd’hui.

Effets persistants d’une institution abolie

Faisant fond sur ses recherches de doctorat, M. Adjetey est maintenant en train d’écrire un livre qui mettra ses constatations à la disposition du plus grand nombre. Il espère qu’en sensibilisant la population à l’expérience canadienne et nord-américaine de la diaspora africaine, ses travaux aideront à mieux comprendre comment le legs de l’esclavage a façonné les relations interraciales dans notre pays et comment il a contribué à la marginalisation de certaines personnes. Il souhaite aussi que ses travaux contribuent à améliorer non seulement les relations de la diaspora africaine avec l’État mais également les relations interpersonnelles.

« En raison de l’esclavage et d’un système de castes fondé sur la race, le Canada et les États-Unis n’ont pas reconnu pleinement aux descendants d’Africains le droit à l’autodétermination. C’est ainsi que s’expliquent tous les efforts faits par les deux gouvernements pour saper le militantisme noir durant le 20e siècle. Il est essentiel de comprendre le passé pour être en mesure de relever certains des défis d’aujourd’hui. La réconciliation est possible. »

Vous voulez en savoir plus?

Pour en savoir plus sur les travaux de M. Adjetey, on peut consulter son site Web (en anglais) et surveiller la publication prochaine de Cross-Border Cosmopolitans: The Making of a Pan-African North America, 1919–1992 (UNC Press, à paraître).