UKâlalautta Inuttitut!

Le financement accordé par le CRSH appuie la revitalisation de l’inuktitut, langue des Inuits du Labrador

Date de publication : 2017-05-29 10:30:00

Il y a un an, Johannes Lampe était assermenté troisième président du gouvernement régional du Nunatsiavut, à Terre-Neuve-et-Labrador. Depuis, sa détermination à préserver et à promouvoir la langue des Inuits du Labrador n’a jamais vacillé.

En fait, lors de la présentation du budget de 2017, son gouvernement a affirmé : « Notre langue et notre culture sont uniques et nous devons impérativement mettre en valeur notre identité, tant dans nos collectivités que sur la scène nationale. Nous sommes résolus à prévenir l’érosion de notre langue, de notre culture et de notre identité. »

Pour atteindre cet objectif, le ministère de la Culture, des Loisirs et du Tourisme du Nunatsiavut continuera de promouvoir et de soutenir des projets comme l’émission de radio d’une heure diffusée en inuktitut et le programme de formation en inuktitut du Labrador, qui est destiné aux adultes.

M. Lampe, un Inuit de la côte nord du Labrador, est d’avis que l’utilisation de l’inuktitut a connu un déclin rapide au fil des ans. Il attribue cela principalement à la réinstallation et à la marginalisation de bon nombre d’Inuits qui sentaient qu’on les dissuadait de parler leur langue maternelle. Les statistiques appuient cette perception. En effet, en 2006, Statistique Canada signalait que seulement 7 p. 100 des Inuits du Labrador indiquaient utiliser l’inuktitut comme langue principale à la maison.

Avant de devenir président, M. Lampe avait déjà entrepris des démarches pour revitaliser l’inuktitut. Il a été l’un des premiers partenaires du projet Tradition and Transition Among the Labrador Inuit, financé par le CRSH et mené en collaboration avec la Memorial University et le gouvernement du Nunatsiavut. Le CRSH a accordé une subvention de partenariat de 2,3 millions de dollars à ce projet quinquennal annoncé en octobre 2015.

Le projet, dirigé par Tom Gordon, professeur émérite à l’école de musique de la Memorial University, a des incidences qui rejoignent celles qui découlent des efforts déployés par M. Lampe. Ainsi, il a permis de lancer un site Web en inuktitut et en anglais, Tradition + Transition, qui regroupe et présente des travaux sur le riche patrimoine des Inuits du Labrador réalisés par des chercheurs de la Memorial University et d’autres universités. Le projet facilite également l’apprentissage de l’inuktitut.

« L’un des projets de revitalisation de l’inuktitut en cours, réalisé en collaboration avec le Nunatsiavut et la OKâlaKatiget Society, s’intitule UKâlalautta Inuttitut! / Let’s Speak Inuktitut, explique M. Gordon. On peut y accéder par notre page Facebook, où une nouvelle leçon est publiée chaque jour. Ce projet, qui attire de nombreuses personnes, est diffusé sur SoundCloud par la OKâlaKatiget Society. Le cours, dont le contenu a pris de l’ampleur, commence à être offert dans le cadre du programme scolaire. Un lexique d’expressions en inuktitut est également en voie d’élaboration, et nous sommes à concevoir un programme de conversation pour maîtres et apprenants qui autonomisera les locuteurs. »

M. Gordon a travaillé pendant 15 ans avec des héritiers de la tradition inuite et des chercheurs. Il a étudié la culture inuite du Labrador de façon approfondie et s’est intéressé tout particulièrement à la découverte de manuscrits de musique classique datant des années 1800 et comportant des annotations en inuktitut.

Il souhaite aider la Memorial University à créer une culture et une infrastructure de la recherche autochtone qui soit plus respectueuse, mieux adaptée, plus agile et davantage axée sur la collaboration. En fait, il estime que toutes les universités devraient en faire plus pour accueillir la recherche menée par des Autochtones.

« Nous devons renoncer à établir les priorités de la recherche, qui devraient plutôt être définies en fonction des besoins exprimés par les communautés et les organismes autochtones, dit-il. Il faudrait également inclure un élément de renforcement des capacités de recherche autochtones. Mais c’est plus facile à dire qu’à faire, car l’établissement en commun des priorités de la recherche et la participation au renforcement des capacités ne pourront se concrétiser qu’une fois que des relations fondées sur la confiance auront été établies. »