Nourriture réconfortante

Une chercheure financée par le CRSH étudie les bienfaits de l’alimentation d’origine végétale pour les personnes atteintes de cancer et les autres

Date de publication : 2017-05-15 13:30:00

Un jour, alors qu’elle était étudiante à l’université, Amy Symington est rentrée chez ses parents en annonçant qu’elle était devenue végétarienne. C’était bien la dernière chose que son père voulait entendre, Mme Symington venant d’une ferme où sa famille faisait l’élevage de bovins de boucherie et de vaches laitières dans le sud-ouest de l’Ontario.

« Au début, mon père était déçu que je sois devenue végétarienne, et il avait même l’habitude de dire à qui voulait l’entendre que j’avais subi un "lavage de cerveau", se rappelle-t-elle. Mais je me dois de préciser que, par la suite, il a lui aussi adopté une alimentation en grande partie végétarienne. »

Peu de temps après cette visite chez ses parents, en 2006, Amy Symington a appris que sa mère avait reçu un diagnostic de cancer du sein de stade 4 et que les médecins lui donnaient moins d’une année à vivre. Mme Symington a décidé de prendre soin de sa mère et a réuni, dans un dossier qu’elle a appelé Mom’s Getting Better (la santé de maman s’améliore), des recettes de plats préparés à partir d’ingrédients d’origine végétale, afin d’aider sa mère du mieux qu’elle le pouvait.

« Je suis heureuse de dire qu’elle a vécu deux années de plus que ce qui était prévu au départ et qu’elle a pu assister au mariage de mon frère et célébrer son 60e anniversaire, dit-elle. Il s’agit de toute évidence d’une observation empirique, mais je crois vraiment que son alimentation a contribué à sa longévité. »

Aujourd’hui, Mme Symington est végétalienne; elle est chef et enseigne la nutrition au George Brown College. C’est une passionnée de l’alimentation d’origine végétale, et elle se sert de ses connaissances en la matière pour aider les familles touchées par le cancer. Grâce à une subvention de 240 000 $ du Fonds d’innovation sociale destiné aux communautés et aux collèges du CRSH, elle travaille à la conception d’un guide sur la nutrition destiné aux personnes vivant avec le cancer, lequel devrait être publié en décembre 2018.

Pour rédiger son guide, Mme Symington analyse actuellement la documentation qui existe sur la façon dont les aliments d’origine végétale peuvent être bénéfiques pour les personnes atteintes de cancer aux divers stades de la maladie.

« Jusqu’à présent, les travaux de recherche que nous avons examinés sur chaque stade sont unanimes : un régime axé sur des aliments d’origine végétale est ce qu’il y a de mieux, affirme-t-elle. Il y a certains nutriments sur lesquels on voudra se concentrer plus que d’autres. Par exemple, durant le traitement, il est important que la personne consomme des aliments à teneur élevée en protéines et en fer et très riches en nutriments en général, afin de faciliter la réparation des lésions cellulaires causées par la chimiothérapie, de prévenir l’anémie et de favoriser une numération globulaire saine, de manière à ce que le traitement puisse continuer. »

La cuisine végétalienne lui apporte également de la satisfaction sur le plan professionnel puisqu’elle découvre encore des mets savoureux qui pourraient convertir même le plus inébranlable carnivore, et ce, avec l’aide de ses étudiants du volet gestion culinaire du programme de nutrition (qui sont tout aussi enthousiastes qu’elle quant aux possibilités qu’offre le fait de cuisiner en se servant d’aliments d’origine végétale).

Elle a par ailleurs créé les rencontres Not-Just-Supper (bien plus que le souper) au Gilda’s Club Greater Toronto, un organisme de soutien pour les personnes atteintes de cancer mis sur pied à la mémoire de la comédienne Gilda Radner, morte du cancer des ovaires en 1989. Les rencontres ont lieu les mardis et jeudis soirs et permettent à Mme Symington de tester de nouveaux plats végétaliens auprès des membres du club. Ces recettes constitueront le noyau de son guide, qui comprendra aussi de l’information sur la prévention et la prise en charge du cancer.