L’Arctique, terre de neige et de glace, mais pour combien de temps?

Comment l’Arctique change-t-il et que faire pour renverser la situation?

Date de publication : 2017-03-22 11:00:00

Quand ils pensent à l’Arctique, la majorité des Canadiens imaginent la vaste toundra recouverte de neige et de glace et des ours blancs – une région emblématique du Canada qui contribue à ce que notre pays soit perçu comme le Grand Nord. Toutefois, avec l’accélération inquiétante des effets des changements climatiques dans l’Arctique, cette vision risque de devenir un mythe romantique.

Un chercheur financé par le CRSH travaille d’arrache-pied à sensibiliser les décideurs et les responsables de l’élaboration des politiques aux réalités de l’Arctique d’aujourd’hui, tandis qu’il est encore temps de mettre un frein à la destruction de cette région.

« Pour les personnes qui vivent dans le sud du Canada, il est difficile de comprendre l’ampleur des dommages et des perturbations qui, dans l’Arctique, résultent des changements climatiques se produisant à l’échelle de la planète. Les animaux, sources de nourriture et d’identité culturelle, se font de plus en plus rares. Jusqu’à récemment, la glace de mer était une autoroute pour les Inuits, menant aux aires de chasse. Mais à mesure que la glace se raréfie, ces derniers sortent de moins en moins de leurs collectivités. En fait, les changements climatiques tuent dans l’Arctique, qu’il s’agisse de chasseurs inuits dont la motoneige fait céder la couche de glace de mer, d’une épaisseur de plus en plus impossible à prévoir, ou de jeunes hommes et jeunes femmes que la disparition des liens avec leur culture traditionnelle et leur identité pousse au découragement et au désespoir, affirme Michael Byers.

« Le plus grand défi en matière de politiques publiques en ce qui concerne l’Arctique est de freiner la progression des changements climatiques planétaires. Nous devons comprendre qu’une décision prise dans le sud du Canada, par exemple décider de soutenir l’exploitation accrue des sables bitumineux de l’Alberta, représente une question de vie ou de mort dans le Nord canadien. »

Michael Byers, qui est professeur au département de sciences politiques de l’University of British Columbia et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en politique mondiale et en droit international, a obtenu récemment une subvention de synthèse des connaissances du CRSH. Il a publié il y a quelques mois le rapport (en anglais) du projet financé grâce à cette subvention. Intitulé Arctic Oil – Canada’s Chance to Get it Right, ce rapport témoigne de recherches et d’une optique pancanadiennes.

Il y affirme que, compte tenu du ralentissement que connaît actuellement l’exploration pétrolière et gazière dans la région en raison du prix peu élevé du pétrole sur le marché mondial, le moment est idéal pour que le gouvernement du Canada établisse des cadres législatifs et réglementaires qui pourront protéger les intérêts du pays quand, inévitablement, l’extraction de la ressource reprendra à un rythme plus soutenu.

Spécialiste respecté de l’Arctique, M. Byers est écouté des législateurs canadiens. Il a témoigné devant de nombreux comités parlementaires, afin de faire connaître les recherches qu’il mène dans l’Arctique aux députés et aux sénateurs. Son avis est très estimé et a été sollicité pour de nombreux textes d’opinion et articles. S’il croit qu’il s’agit d’une façon efficace de diffuser les connaissances, il n’en pense pas moins qu’il faut parfois sortir des sentiers battus.

« En juillet 2016, dit-il, je souhaitais faire part de mes recherches et de mon analyse d’un nouvel élément – soit l’utilisation, par la Russie, des eaux arctiques canadiennes pour l’immersion d’étages de fusées de lancement propulsées à l’hydrazine, composé hautement toxique – à des fonctionnaires du gouvernement fédéral, des diplomates étrangers et des représentants d’organismes autochtones et de groupes de protection de l’environnement. J’ai loué une salle de cours à l’Université d’Ottawa et les ai invités à une séance d’information non officielle. Et ils sont venus! »

La créativité est donc la clé qui permet de trouver le type de solutions novatrices dont nous avons besoin maintenant pour lutter contre les changements climatiques.

« Les changements climatiques détruisent déjà l’environnement dans l’Arctique et ont de graves répercussions partout dans le monde. Renverser la situation pourrait bien représenter le plus grand défi que l’humanité aura à relever », affirme M. Byers.

« Je crains que les dirigeants politiques ne comprennent guère l’envergure et l’urgence des mesures requises. Pouvons-nous être optimistes? Les Inuits sont parmi les personnes les plus résilientes et les plus capables de s’adapter sur terre. Et s’ils ont besoin de notre aide, ce n’est pas parce qu’ils ont commis une faute. »


De quelles autres manières le CRSH appuie-t-il la recherche ayant pour but la conception de nouveaux modes et nouveaux modèles d’apprentissage? Jetez un coup d’œil à ce que fait le CRSH pour imaginer l’avenir du Canada.