Pluvieux et possibilité de poésie

Comment l’enveloppe d’un bâtiment peut composer avec les éléments pour lutter contre les changements climatiques

Date de publication : 2017-03-08 13:40:00

Imaginez un gratte-ciel qui change de couleur en fonction de la température. Ou encore un poème qui apparaît sur un bâtiment au fur et à mesure que les gouttes de pluie sont absorbées et recueillies afin de devenir de l’eau potable.

Une chercheure qui reçoit des fonds du CRSH a créé des tissus architecturaux qui font exactement cela, dans un but bien précis.

L’artiste et chercheure Filiz Klassen est professeure à l’école de design d’intérieur de la Ryerson University. Grâce à une subvention de recherche-création du CRSH, elle a mené le projet Malleable Matter: Material Innovations in Architecture, qui avait pour but d’examiner les possibilités associées à l’architecture adaptative. Il s’agit d’enrouler des tissus autour des bâtiments afin de composer avec les changements environnementaux et d’offrir une protection contre ces changements – au carrefour du design et de la fonctionnalité.

Une caractéristique pratique importante des matériaux créés par Mme Klassen réside dans le fait qu’ils augmentent l’efficacité énergétique des bâtiments et les rendent moins tributaires des combustibles fossiles pour le chauffage, la climatisation, la ventilation et l’éclairage. Ces combustibles contribuent aux émissions de gaz à effet de serre et aux changements climatiques.

« Grâce à la subvention du CRSH, j’ai pu analyser comment de nouveaux matériaux et des technologies intégrées dans des matériaux existants pouvaient transformer des surfaces architecturales rigides en des laboratoires météorologiques adaptatifs, décoratifs et producteurs d’énergie qui sont susceptibles de modifier nos pratiques futures », explique-t-elle.

À titre d’exemple, son filet lumineux sensible à la température intègre des modules DEL et des microcontrôleurs qui détectent les variations de température. La couleur de la surface d’un bâtiment pourrait donc varier du rouge, lorsqu’il est chaud, au bleu, s’il est froid, en passant par le vert, le jaune et l’orange, entre ces deux extrêmes. Ainsi, la couleur de l’enveloppe (ou peau) du bâtiment change lorsque le bâtiment est surchauffé, rafraîchi ou exposé à des phénomènes comme le refroidissement éolien. Mme Klassen estime que la dépendance au chauffage et à la climatisation automatiques devrait diminuer grâce à des signaux visuels comme ceux-là.

« J’espère qu’en sensibilisant les personnes qui se déplacent dans les bâtiments et tout autour et en faisant s’entrechoquer leurs perceptions et les formes qui sont créées par la chorégraphie spontanée des éléments météorologiques, ces personnes seront portées à prendre des mesures pour réduire la consommation d’énergie », explique Mme Klassen.

Le « nouveau langage architectural » de Mme Klassen intéresse des inventeurs, qui aimeraient commercialiser ses prototypes, ainsi que des architectes, qui veulent intégrer ses applications à leurs projets.

En plus d’être pratiques, ses matériaux incarnent une démarche artistique et esthétique de sensibilisation à l’environnement. « Je pense par exemple au prototype qui fait apparaître des poèmes sur les bâtiments lorsqu’il pleut. Si les gens lisent des poèmes tous les jours sur les bâtiments, ils réaliseront qu’il s’agit d’une période pluvieuse. Par contre, si ce n’est pas le cas, ils sauront qu’il y a sécheresse, fait remarquer Mme Klassen.

« J’ai essayé de véhiculer un message subtil en intégrant des technologies appropriées pour sensibiliser les gens aux variables d’un climat et d’un environnement changeants dans les milieux bâtis où ils évoluent. »

Quand les bâtiments seront recouverts de tissus qui réfléchiront la lumière des phares des voitures et la renverront à la rue ou que, par temps venteux, ils s’illumineront à chaque rafale, la jungle de béton ne sera sans doute plus jamais la même.