Des victoires passées sous silence, une réalité occultée

L’histoire des Noirs du Canada sort de l’ombre

Date de publication : 2017-02-03 13:00:00

Une décision historique a été prise récemment : Viola Desmond sera la première femme à figurer sur un billet de banque canadien. Pourtant, la plupart des Canadiens ignorent qu’en 1946, cette femme avait refusé de s’asseoir dans la section d’un cinéma de la Nouvelle-Écosse qui était réservée aux Noirs.

Cela ne surprend pas Afua Cooper. « Dans l’histoire du Canada, les Noirs ont été marginalisés ou ignorés. Leur histoire ne faisait pas partie de la « vraie » histoire, explique-t-elle. Mme Desmond a posé un geste puissant pour revendiquer ses droits civils… mais comme le racisme n’existait pas au Canada, ce qu’elle a fait ne pouvait pas être considéré comme vrai ou comme réel.

« Il n’est pas surprenant que de nombreux Canadiens ne connaissent ni Viola Desmond ni sa prise de position, puisque le Canada refuse d’admettre son passé raciste. Les Noirs et leur vécu ont été marginalisés ou occultés », poursuit Mme Cooper.

Auteure et titulaire de la Chaire James Robinson Johnston d’études sur les Noirs du Canada, Mme Cooper est professeure agrégée au département de sociologie et d’anthropologie sociale de la Dalhousie University. Elle vient de recevoir une subvention Connexion du CRSH, qui lui permettra de faire connaître et comprendre les luttes menées par les Noirs du Canada dans leur quête de dignité, de liberté et d’épanouissement.

Mme Cooper a créé une mineure interdisciplinaire en études sur les Noirs et la diaspora africaine à la Dalhousie University, qui l’offre depuis l’automne 2016. Elle espère ainsi remonter le cours de l’histoire des Noirs au Canada.

Il faut notamment, pour ce faire, mettre en évidence les réalisations de Canadiens noirs, par exemple celles de Henry et Mary Bibb qui, le 1er janvier 1851, ont publié à Windsor, en Ontario, le premier numéro de leur journal The Voice of the Fugitive.

« M. et Mme Bibb étaient des Noirs abolitionnistes qui militaient pour les droits civils. Il se sont servis de ce journal pour promouvoir les droits des Noirs du Canada et dénoncer l’esclavage aux États-Unis. L’histoire de la presse canadienne noire ne date donc pas d’hier! », fait remarquer Mme Cooper.

Et n’oublions pas Richard Pierpoint, qui s’est installé en 1783 dans la région de Niagara, en Ontario, après avoir été esclave dans l’État de New York. Lorsque la guerre a éclaté en 1812, il a proposé la formation d’une troupe composée uniquement de Noirs qui combattrait aux côtés des Britanniques. Il a fait partie de cette troupe de 40 soldats noirs qui a joué un rôle clé dans la victoire des Britanniques contre les Américains lors de la bataille des hauteurs de Queenston.

En cette année du 150e anniversaire de la Confédération canadienne, il est temps de réfléchir à notre identité et de nous souvenir des personnes qui ont contribué à forger cette identité tout au long de notre histoire. Afua Cooper met en lumière le rôle largement méconnu joué par les Noirs du Canada dans notre histoire et donne à ces derniers la place qui leur revient.