Changer les règles du jeu pour les adolescentes dans le milieu du sport

L’incidence de l’image corporelle sur le taux de participation des filles

Date de publication : 2017-01-05 12:30:00

Pour les parents de jeunes enfants, chaque semaine, c’est la même routine : course après le souper pour amener les enfants à leur séance d’entraînement de soccer, de baseball ou de basketball. Au fil des ans, toutefois, les parents remarquent que les garçons poursuivent leurs activités sportives avec enthousiasme, même au secondaire, tandis que les filles ont tendance à délaisser ces activités.

Les raisons pour lesquelles les filles abandonnent varient. Certaines filles accordent une importance accrue aux relations sociales en dehors des activités sportives; d’autres redoublent d’efforts pour bien réussir à l’école afin de se préparer à des études postsecondaires; d’autres encore travaillent à temps partiel.

Une étude financée par Sport Canada par l’entremise de l’Initiative de recherche sur la participation au sport a révélé un autre facteur déterminant. Dans le cadre de cette étude, menée sur une période de trois ans auprès de 521 filles de 12 à 16 ans faisant partie de plusieurs équipes sportives (soccer, balle molle et hockey), la chercheure Catherine Sabiston a découvert que certaines filles abandonnent leurs activités sportives en raison d’une mauvaise image corporelle.

Au cours de la première année de l’étude, 21 % des filles ont abandonné au moins une activité sportive, et 6 % ont délaissé toutes leurs activités sportives. Au cours de la deuxième année, ces pourcentages ont été respectivement de 18 % et de 8 %.

La perception négative qu’avaient ces filles de leur corps était liée à de nombreux facteurs, parmi lesquels la socialisation avec les parents, la famille, les enseignants, les entraîneurs et les pairs; la comparaison avec d’autres filles, qu’elles estimaient plus douées ou plus jolies; l’autocomparaison avec les idéaux irréalistes et impossibles à atteindre qui sont diffusés dans les médias; enfin, et surtout, l’influence des commentaires publiés dans les médias sociaux et des images affichées dans Facebook, Snapchat et Instagram.

Mme Sabiston est titulaire de la Chaire de recherche du Canada en activité physique et santé mentale, et elle est professeure à la faculté de kinésiologie et d’éducation physique de l’University of Toronto. L’image corporelle et le sport sont des questions importantes pour elle.

Elle avoue que l’image corporelle est un sujet qui l’a toujours intéressée. Comme elle est elle-même athlète, elle est témoin du discours sur le corps et le poids, et elle sait que le milieu du sport est de nature à la fois sociale, évaluative et compétitive. Les recherches révèlent qu’à l’adolescence, les filles sont nombreuses à arrêter de pratiquer des sports, et Mme Sabiston a jugé qu’il était temps de vérifier l’hypothèse selon laquelle cette situation est en partie attribuable à l’image qu’elles ont de leur corps et aux comparaisons avec les autres qui ont cours dans la société.

Les adolescentes qui pratiquent des sports vivent toute une gamme d’émotions, et ces émotions ne sont pas toutes négatives. Certaines filles sont fières de leur corps et de leurs réalisations, et cette fierté est indéniablement une force grâce à laquelle elles sont susceptibles de continuer de pratiquer des sports. Mais, d’après Mme Sabiston, les filles qui ont participé à l’étude avaient aussi ressenti de l’anxiété et de l’embarras face aux transformations de leur corps, ce qui les avait empêchées de s’adonner avec plaisir à des activités sportives.

Avec le concours de la doctorante Jenna Gilchrist, elle a conçu une vidéo pour illustrer ses travaux. Cette vidéo fait ressortir les facteurs affectifs qui influent sur la décision que prend une fille d’abandonner une activité sportive, ainsi que les mesures susceptibles de favoriser la persévérance.

Il s’agit là, en fait, de la prochaine étape de ses travaux.

En effet, Mme Sabiston compte mettre à l’essai différents éléments qui pourraient être ciblés par des interventions. Par exemple, elle examinera si les perceptions positives liées aux capacités physiques encouragent à continuer; étudiera différentes corrélations (« relations exposition-réponse ») entre des perceptions positives et négatives de soi et les émotions qui y sont rattachées; travaillera en collaboration avec des entraîneurs et des enseignants pour créer des modules de formation au sein desquels on parlera moins du poids et du corps; continuera de suivre de près les filles qui pratiquent des sports afin de mieux cerner les raisons pour lesquelles les filles ont de mauvaises expériences dans la pratique des sports et en viennent à abandonner complètement le sport.

Au bout du compte, il s’agit de faire en sorte que les filles continuent de pratiquer des sports, afin d’accroître la présence des femmes partout dans le milieu du sport, à l’entraînement, à l’arbitrage, à des postes de direction et à l’élaboration des politiques.