Patrimoine identitaire canadien

À la découverte de la présence française en Saskatchewan

Date de publication : 2013-07-24 00:00:00

Toponyme à l’orthographe incongrue, Saswaus House est un site historique situé près de Nipawin, dans le Nord de la Saskatchewan. Mais que peut bien vouloir dire Saswaus, qui n’est ni de l’anglais, ni du cri, ni du français, ni de l’allemand?

Carol Léonard, qui est professeur agrégé d’éducation au Campus Saint-Jean de l’University of Alberta, a notamment découvert la réponse à cette question dans le cadre de recherches financées par le CRSH. « En scrutant d’anciens documents, j’ai d’abord trouvé le mot Saswee (prononcé "sassoué"). En fait, Saswaus est une adaptation phonétique en langue anglaise qui dérive elle‑même d’une adaptation dans la langue crise (la langue des Cris) du prénom François. »

Plus précisément, il s’agit ici de François-Jérôme Beaume, dit Leblanc, qui, au milieu du 18e siècle, travaillait au commerce des fourrures pour le sieur de La Vérendrye. Or, à cette époque, « François » se prononçait « françoué ». Le saut à Saswee s’explique par l’absence du « f » et du « r » des systèmes phonologiques propres aux langues algonquines.

Fransaskois d’adoption et passionné de toponymie depuis le début des années 1980, Carol Léonard a identifié plus de 2 500 noms de lieu de la Saskatchewan qui témoignent de la présence française dans cette province. Tantôt ce sont les explorateurs et les pionniers de souche française qui ont déformé les mots autochtones, tantôt ce sont les Autochtones qui ont adapté les mots français à leur langue. « Dans ce mélange toponymique, souligne le chercheur, les Métis semblent avoir joué un rôle de premier plan. »

Le tout a fait l’objet de la publication Mémoire des noms de lieux d’origine et d’influence françaises en Saskatchewan et donné lieu à une production de cartes grand format et d’affiches. Destinés aux écoles fransaskoises et aux classes d’immersion française de la Saskatchewan, les cartes et les documents d’accompagnement serviront d’outils pédagogiques au primaire et au secondaire. « Les cartes conçues pour répondre aux questions des jeunes sur l’origine des noms de lieu leur permettront de prendre conscience de l’importance qu’a la présence française dans cette partie du pays », croit le professeur, qui s’intéresse particulièrement au rôle que joue la représentation du paysage linguistique dans la formation de l’identité chez les jeunes d’âge scolaire.


Recherche financée par le CRSH : La Fransaskoisie sur la carte