La « reconstitution virtuelle » fait revivre art et géographie

Les technologies mobiles révèlent le passé tout en préparant l’avenir

Date de publication : 2012-11-28 12:00:00

Les paysages changent au rythme de l’évolution technologique. Et cette même évolution technologique permet de révéler les vestiges du passé et de présenter l’histoire sous un nouvel angle.

Kim Sawchuk, chercheure financée par le CRSH, met actuellement au point une application pour téléphones intelligents munis d’un GPS. Grâce à la « reconstitution virtuelle », le public pourra découvrir des sites historiques et géographiques que des années de développement urbain ont ensevelis.

« La ville est un musée vivant riche en histoire, souligne la chercheure de l’Université Concordia. Pourquoi ne pas offrir à ses habitants l’accès à tout ce qu’elle recèle? La "reconstitution", explique-t-elle, consiste à effacer une rue pour faire couler à son emplacement la rivière qui s’y trouvait autrefois afin de créer de nouveaux espaces verts urbains. »

Ce procédé est employé dans des villes du monde entier. Mais bien que son apport environnemental et économique soit incontestable, il est coûteux, et l’aménagement actuel des villes en empêche parfois l’utilisation. Voilà où la reconstitution virtuelle entre en jeu!

Mené en collaboration avec la cinéaste Katarina Soukup, le projet de Mme Sawchuk vise à créer une application sur mesure pour téléphones intelligents. Cette application agira comme une « baguette divinatoire numérique », car elle permettra à ses utilisateurs de suivre le cours des rivières enfouies sous le béton et le goudron des villes – accès rendu possible grâce à des recherches dans les archives et à la technologie par GPS. Quand les utilisateurs dépasseront un repère GPS placé sur les voies d’eau souterraine, leur téléphone lira le signal qu’il émet et l’application fera apparaître un ensemble d’objets, d’images et de sons à caractère historique.

« Tout au long du 20e siècle, nous avons bâti des millions d’égouts et pavé des rues qui ont recouvert le paysage naturel dans le but d’accueillir une vaste population urbaine et, plus tard, des automobiles », rappelle la chercheure.

Cette application permettra aux utilisateurs de « creuser » virtuellement les rues grâce à leur téléphone – une invention qui fait appel à la créativité du chercheur Samuel Thulin ainsi qu’aux compétences en programmation de Jonathan Grenier, un autre collaborateur du projet. « Si vous faites mine de creuser, l’accéléromètre du téléphone déclenche un bruit de pelle et la rivière apparaît, précise-t-elle. L’application offre également d’autres moyens d’interaction aux utilisateurs, notamment en affichant à l’écran d’importants événements historiques. »

Le projet de recherche inclut aussi des expositions, dont la première a attiré plus de 2 000 visiteurs – qui ne possédaient pas tous des téléphones intelligents. Pour cette exposition tenue un soir pendant six heures, Mme Sawchuk a fait revivre les rivières enfouies de Montréal, un élément vital de l’histoire de cette ville. « Le grand public s’intéresse vivement à l’histoire de ces rivières », observe-t-elle, ajoutant que certaines personnes ignoraient même qu’elles avaient existé.

La reconstitution virtuelle conjugue contenu physique et informatique. Elle offre la possibilité d’effectuer des recherches et de créer de l’art à l’aide de téléphones cellulaires tout en sensibilisant le public à des questions historiques et environnementales. Les travaux de Kim Sawchuk révèlent le passé tout en préparant l’avenir, car ils permettent à la fois d’exposer des cours d’eau disparus, de concevoir de nouvelles technologies et d’étudier les habitudes des utilisateurs de téléphones intelligents.

« Nous avons appris qu’un tout nouveau groupe d’utilisateurs de téléphones intelligents est prêt à tester des applications en développement comme la nôtre, conclut la chercheure. Comprendre les pratiques des utilisateurs d’aujourd’hui contribuera à tracer la voie de la technologie de demain. »

Le CRSH appuie la recherche-création dans le domaine des sciences humaines, faisant d’elle une discipline admissible dans le cadre de ses programmes Talent, Savoir et Connexion. Pour en savoir plus : recherche@sshrc-crsh.gc.ca.