Quand la médecine trouve remède dans la littérature

Le roman policier à l’origine d'un outil permettant de diagnostiquer l'Alzheimer

Date de publication : 2010-04-06 12:00:00

D‘après Ian Lancashire, professeur d‘anglais de l‘University of Toronto, les courriels et les billets de blogue pourraient servir à diagnostiquer la maladie d‘Alzheimer.

M. Lancashire en arrive à cette réflexion après avoir analysé le contenu de 14 romans numérisés d‘Agatha Christie. Une analyse au cours de laquelle il a notamment examiné, sur une période couvrant une cinquantaine d‘années, la richesse et la diversité du vocabulaire employé par la romancière ainsi que le nombre de phrases répétitives et d‘expressions indéfinies comme « quelque chose » ou « n‘importe quoi » qu‘elle a utilisées.

Son analyse lui a permis de tirer deux conclusions. La première : la grande star du polar souffrait d‘Alzheimer durant les dernières années de sa vie. La seconde : un nouvel outil permettant de diagnostiquer cette maladie mortelle pourrait voir le jour.

« Peu importe le milieu d‘où l‘on vient, nous pouvons tous comprendre les changements qui surviennent dans notre façon de nous exprimer, et même en être conscients », explique le chercheur dans un article affiché dans le site Web de l‘University of Toronto. « De même, n‘importe qui peut, tout simplement en lisant nos courriels et nos billets de blogue écrits au fil des ans, interpréter notre façon d‘utiliser le vocabulaire. »

Dans le cas d‘Agatha Christie, M. Lancashire et son équipe de recherche ont observé que la richesse de son vocabulaire avait diminué de 20 p. 100 entre le moment où elle a écrit ses premiers romans et celui où elle a écrit ses deux derniers, et que l‘utilisation de phrases répétitives et d‘expressions indéfinies avait, durant cette dernière période, considérablement augmenté.

Depuis, M. Lancashire s‘est associé à Graeme Hirst, un informaticien, à Xuan Le, un étudiant de cycle supérieur, et à Regina Jokel, une spécialiste de la maladie d‘Alzheimer, afin d‘effectuer des tests statistiques, de pousser l‘analyse du vocabulaire et de la syntaxe, et d‘étudier le cas d‘autres auteurs — certains en bonne santé, certains souffrant d‘Alzheimer.

La recherche de M. Lancashire et de son équipe n‘est pas passée inaperçue. Le New York Times en a fait mention dans un article intitulé Ninth Annual Year in Ideas et Google en a salué l‘originalité en attribuant un prix à toute l‘équipe.

Selon Ian Lancashire, l‘attention portée à ses travaux confirme la valeur de la recherche interdisciplinaire et le rôle que les sciences humaines doivent jouer dans l‘étude des questions les plus pressantes de l‘heure.

« Comme quoi, même les professeurs d‘anglais peuvent contribuer à la recherche pragmatique », conclut-il à la rigolade.