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Priscilla Renouf, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en archéologie de l’Atlantique Nord
Priscilla Renouf, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en archéologie de l’Atlantique Nord

Profil – Entretien avec un chercheur

Priscilla Renouf est titulaire de la Chaire de recherche du Canada en archéologie de l'Atlantique Nord de la Memorial University. Elle est membre du conseil d’administration du CRSH et présidente-fondatrice de la Rooms Corporation, une nouvelle institution qui se consacre à la protection de la culture et du patrimoine de Terre-Neuve-et-Labrador. En outre, Mme Renouf a été membre du premier conseil d’administration du Musée canadien des civilisations de 1990 à 1998. Elle travaille au Département d’anthropologie de la Memorial University depuis 1981. Le CRSH lui a accordé un financement de base afin de lui permettre de mener des fouilles archéologiques à Port au Choix, au nord-ouest de la province de Terre-Neuve-et-Labrador.

Parlez-nous de ce qui vous intéresse comme chercheure en archéologie.
Depuis que j’ai fait mes études supérieures, je m’intéresse à l’archéologie des régions côtières du Nord. Je me suis d’abord intéressée au Labrador, puis aux régions arctiques de la Norvège et aujourd’hui aux régions du Nord de Terre-Neuve. Je me demande comment des sites archéologiques aussi vastes et aussi riches peuvent exister dans des coins aussi reculés.

Qu’est-ce que votre recherche peut nous apprendre sur les peuples préhistoriques qui ont habité le Nord de Terre-Neuve-et-Labrador?
On sait maintenant que la province de Terre-Neuve-et-Labrador a été un centre culturel. Au cours des 6 000 dernières années, des peuples amérindiens et paléoesquimaux s’y sont établis et y ont prospéré pendant des siècles, voire des millénaires. Pourtant, chacun de ces peuples a fini par disparaître. Je cherche donc à savoir ce qui a contribué à leurs succès et à leurs échecs.

Selon vous, qu’est-ce qui a compromis leur prospérité?
Le climat a certainement joué un rôle. Trevor Bell, un géographe de la Memorial University, et moi-même tentons de reconstituer l’environnement de cette région tel qu’il était à l’origine. Par exemple, les Paléoesquimaux de Dorset qui habitaient Terre-Neuve il y a 1 200 à 2 000 ans étaient d’excellents chasseurs de phoques du Groenland. Mais, au bout de huit siècles, ils ont abandonné cette terre presque du jour au lendemain. Nous pensons que leur départ est dû au changement des conditions de la glace de mer, phénomène qui aurait entraîné une diminution de la population de phoques du Groenland. On peut faire ici un parallèle avec la hausse des températures que nous connaissons, qui provoque, de façon imprévisible, le changement des conditions de la glace, ce qui crée une grande inquiétude chez les communautés autochtones des régions arctiques.

Terre-Neuve est une véritable mine d’or pour les archéologues. En quoi le site de Port au Choix est-il unique?
Afin de comprendre le changement climatique, quelle que soit l’époque à laquelle il se produit, nous devons examiner les zones périphériques en cause, car ce sont ces zones qui sont les premières à en sentir les effets. Dans le Nord de Terre-Neuve, et en particulier à Port au Choix, nous étudions les peuples paléoesquimaux qui ont habité en périphérie des régions arctiques et qui, de ce fait, étaient extrêmement sensibles à tout type de changement environnemental. Il est très intéressant de voir comment des cultures différentes réagissent au changement climatique. Par exemple, nous avons découvert que le réchauffement du climat a nui aux Paléoesquimaux, alors qu’il a été bénéfique aux Amérindiens.

Dans le contexte actuel, votre recherche est de toute évidence très pertinente. Comment vous y prenez-vous pour communiquer les résultats de vos travaux au grand public?
J’ai toujours trouvé ça important de communiquer les résultats de mes travaux au public. Après tout, si je ne le fais pas, qui le fera? Je donne donc des entrevues et des présentations publiques. J’aide à concevoir des expositions muséales et à produire des vidéos qui expliquent ma recherche. Je fais des visites guidées de nos sites de fouille ou j’invite mes étudiants à en faire. Je demande aussi à mes étudiants d’aller dans les écoles pour rencontrer les élèves et d’encadrer les étudiants du secondaire qui travaillent comme bénévoles dans nos laboratoires à l’université. Et mes étudiants présentent aussi leurs résultats de recherche à des groupes communautaires ou dans le cadre de conférences.

Vous faites maintenant partie du conseil d’administration du CRSH. Quel rôle entendez-vous y jouer?
Je dois d’abord dire que je suis ravie de cette nomination, car je suis très loyale envers le CRSH, un organisme qui a toujours appuyé ma recherche. J’ai une opinion assez claire quant aux politiques de recherche. J’espère donc pouvoir apporter une contribution importante sur ce plan. Le conseil d’administration est composé de personnes de divers milieux – entre autres des chercheurs, des administrateurs universitaires et des membres du secteur privé – dont les perspectives variées permettent de faire des choix éclairés.

En tant que chercheure, quel y sera votre apport?
Mon engagement envers la recherche fondamentale. Je crois que tous les types de recherche sont utiles, que leur application pratique soit évidente ou non. Toute application pratique s’appuie, en grande partie, sur des recherches antérieures. Par principe, je crois aussi en la diversité de la recherche : on ne sait jamais ce qui fera germer une bonne idée.

Quel est l’aspect de l’archéologie qui vous plaît le plus?
J’aime la diversité qu’offre l’archéologie. C’est une discipline qui s’appuie sur les sciences sociales, les sciences physiques, l’organisation logistique et la résolution de problèmes. Toutefois, ce que j’aime par-dessus tout de mon travail, c’est d’examiner des artéfacts dans mon laboratoire. Ces objets apportent des réponses à la plupart de nos questions. En s’y intéressant et en s’intéressant à l’endroit où ils ont été trouvés, par exemple à l’intérieur de maisons ou de foyers, on peut comprendre ce qui s’est réellement produit. Après avoir consacré autant d’efforts, de temps et d’argent, il est très satisfaisant de voir tous les morceaux se mettre en place.