Chad Gaffield, président du CRSH
Le mot du président
Le Canada, chef de file en matière de recherche axée sur le Nord
La fonte de la glace polaire crée de nouveaux défis et perspectives sur les plans politique, économique et culturel pour le Canada et tous les pays circumpolaires. Qu’il soit question d’aménagement de nouvelles routes commerciales, de souveraineté ou des changements auxquels doivent faire face les peuples nordiques, la contribution des chercheurs en sciences humaines aide le Canada à se positionner comme chef de file mondial en matière de recherche axée sur le Nord.
L’une des plus importantes innovations des chercheurs canadiens a été de transformer la recherche qui se faisait « sur et pour » les communautés nordiques en une recherche faite « par et avec » elles. Fondée sur le succès du programme des Alliances de recherche universités-communautés et du programme Réalités autochtones du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH), cette nouvelle approche intéresse les chercheurs du monde entier et les incite à prendre part à des projets menés par des Canadiens. Noorjehan Johnson, détentrice d’une bourse d’études supérieures du Canada Vanier, a quitté les États-Unis pour mener ses études de doctorat en anthropologie à l’Université McGill. Son article dans le présent numéro de Dialogue traite de la question complexe de la coopération des communautés du Nord en ce qui concerne la réalisation de travaux de recherche anthropologiques – en particulier celle des communautés qui, pendant longtemps, ont été témoins d’une recherche menée « sur et pour » elles.
Récemment, le Canada a joué un rôle clé dans le cadre d’un programme de la Fondation européenne de la science visant à financer de vastes projets de recherche multidisciplinaires sur des questions relatives au Nord. Parmi les sept équipes internationales subventionnées, six étaient dirigées par des chercheurs canadiens. De plus, Sherrill Grace, chercheure en littérature à l’University of British Columbia, a apporté son expertise de calibre mondial au comité consultatif qui a aidé à lancer une initiative circumpolaire pluriannuelle.
Ce numéro de Dialogue met aussi en relief des exemples de résultats de recherche dont peut se servir aujourd’hui le Canada pour relever les défis soulevés par les changements qui surviennent dans le Nord et profiter des occasions qui leur sont liées. Dans le cadre d’un projet de recherche multimédia novateur, Ian Mauro, détenteur d’une bourse postdoctorale à l’University of Victoria, s’est associé à un réalisateur primé afin de capter les points de vue des aînés inuit sur le changement climatique. Pour sa part, James Ford, géographe de l’Université McGill, a orienté sa recherche sur la question de la sécurité alimentaire dans les communautés nordiques. Il a notamment remarqué que jusqu’à deux tiers des communautés inuit qui habitent des régions nordiques reculées vivent dans l’incertitude de pouvoir se nourrir adéquatement. Quant à Louis-Jacques Dorais, chercheur de l’Université Laval, il a été en mesure de constater qu’en dépit des changements qui surviennent dans le Nord, l’identité des communautés inuit n’est pas menacée.
Nous avons compris qu’il était essentiel de tirer des leçons du passé pour que le Nord connaisse un avenir prospère. Priscilla Renouf, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en archéologie de l'Atlantique Nord, porte un nouveau regard sur le changement climatique en étudiant les sociétés amérindiennes et paléoesquimaux qui ont habité Terre-Neuve-et-Labrador au cours des 6 000 dernières années. En s’intéressant à la manière dont ces peuples ont fait face au changement climatique, cette archéologue de la Memorial University nous donne un point de vue avisé qui nous aide à agir correctement aujourd’hui. Mme Renouf, tout comme de nombreux autres chercheurs, estime qu’il est important de saisir toutes les occasions possibles pour diffuser les résultats de ses recherches, notamment au moyen d’entrevues avec les médias, de visites guidées de ses sites de fouille, de présentations publiques, d’expositions muséales et de vidéos. Le CRSH reconnaît la chance qu’il a de pouvoir la compter parmi les membres de son conseil d’administration.
Grâce aux fonds supplémentaires annoncés dans le budget de 2008, le CRSH a été en mesure d’appuyer davantage les efforts de calibre mondial des chercheurs et des partenaires de recherche, efforts qui visent à approfondir les connaissances, à cultiver le talent et à tisser des liens avec les communautés nordiques du Canada. Ainsi, les chercheurs canadiens en sciences humaines continueront d’être des chefs de file mondiaux en matière de recherche et d’expertise axées sur le Nord et, de ce fait, aideront le Canada à bien s’adapter aux changements rapides que connaît le 21e siècle.
Vos commentaires concernant ce numéro de Dialogue ainsi que toute suggestion en vue de publications futures sont toujours les bienvenus!
Votre tout dévoué collaborateur,
Chad Gaffield, Ph.D., MSRC
Président du Conseil de recherches en sciences humaines